Les vanilles sauvages de Madagascar

Madagascar fournit au monde des vanilles venues d'Amérique. L'île porte aussi les siennes. Neuf espèces indigènes, sept lianes sans feuilles taillées par la sécheresse, deux lianes feuillues des forêts de l'est et du sud-ouest. Neuf espèces recensées à ce jour. Deux d'entre elles ont rejoint la liste en 20232. Sur une île où la botanique décrit encore chaque année des plantes que personne n'avait nommées, ce chiffre a toutes les chances de grandir.

Sept vanilles sans feuilles

Les vanilles sauvages de Madagascar sont des orchidées grimpantes du genre Vanilla, présentes sur l'île avant toute culture. Sept d'entre elles ont perdu leurs feuilles. Elles poussent sur les rochers du nord, les sols sableux de l'ouest, les fourrés épineux du grand sud.

Fleur jaune canari à gorge rouge sombre de Vanilla humblotii, vanille sauvage du nord de Madagascar
Nord Vanilla humblotii Montagne des Français, Diego
Fleur jaune vif de Vanilla perrieri, vanille sauvage de la côte ouest de Madagascar
Ouest Vanilla perrieri Befandrama, district d'Analalava
Fleur blanche à gorge rosée de Vanilla madagascariensis, vanille sauvage présente jusque dans la SAVA
Ouest et nord-est Vanilla madagascariensis Maromandia, district d'Analalava
Fleur blanche de Vanilla bosseri, vanille sauvage de l'ouest de Madagascar
Sud-ouest Vanilla bosseri Marosely, district de Port Bergé
Fleur blanche de Vanilla decaryana, vanille sauvage des fourrés épineux du sud de Madagascar
Grand sud Vanilla decaryana Mangily, district de Tuléar II

Photographies Johnson G. Andrianantenaina, Alemao Botomanga et Cathucia F. Andriamihaja, parues dans Andriamihaja et al. 2020, CC BY 4.0, recadrées. Vanilla allorgeae et Vanilla atsinananensis, décrites en 2023, attendent encore une image libre de droits.

Les sept espèces sans feuilles

Espèce Fleur Où elle pousse Floraison
V. madagascariensis Blanche, gorge rouge Forêts sèches de la côte ouest, forêts humides du nord-est, SAVA, Diana, Ankarana, Isalo, Ivohibe Juin à octobre
V. perrieri Jaune vif, gorge rouge Ankarafantsika, côte ouest, de Majunga à Ambovombe Novembre à décembre
V. bosseri Blanche, gorge rosée Sud-ouest, réserve de Namoroka, région de Morondava Septembre à novembre
V. decaryana Blanche, gorge rosée Fourrés secs du sud, parmi les Didiereaceae, Andohahela Janvier
V. humblotii Jaune canari, gorge veloutée rouge sombre Rochers du nord, Montagne des Français, Ankarana, Bemaraha, aussi Comores et Mayotte Novembre à avril
V. allorgeae Décrite en 2023 Est de l'île, hautes terres centrales Non documentée
V. atsinananensis Décrite en 2023 Est de l'île, zone littorale de basse altitude Non documentée

Les deux dernières ont rejoint la liste en 2023, au terme d'un travail combinant morphologie, marqueurs microsatellites et séquençage, mené par une équipe malgache et réunionnaise. Le nom de la seconde vient du malgache atsinanana, l'est.

Deux vanilles à feuilles

Deux espèces malgaches ont gardé leurs feuilles6. Ce sont elles qui ressemblent le plus à la vanille des parcelles.

Les deux espèces feuillues

Espèce Décrite en Où elle pousse Port
V. francoisii 1939 Nord-est de Madagascar, forêts humides Liane à feuilles
V. coursii 1950 Sud-ouest de Madagascar, forêts à saison sèche Liane à feuilles, limbe de 10 à 16 cm

La ressemblance s'arrête à la silhouette. Vanilla coursii porte le nom de Gilbert Cours, qui l'a récoltée en 1950 sur la colline de La Table, à vingt-cinq kilomètres au nord d'Antalaha8. La planche de cet herbier dort aujourd'hui à Paris. Longtemps, elle est restée la seule preuve de l'espèce : la grande révision du genre publiée en 2010 signale que ses auteurs n'ont pu réunir aucun matériel d'étude. Les inventaires du XXIe siècle l'ont retrouvée quatre fois, de la forêt de Kalabenono près d'Ambilobe jusqu'à celle de Menagisy près de Toamasina.

Pourquoi ces vanilles n'ont pas de feuilles

La sécheresse a taillé cette forme. Les sept espèces aphylles portent des tiges vertes, épaisses, réduites à des écailles là où une Planifolia déploie ses feuilles. Le groupe est le seul du genre Vanilla à occuper des habitats chauds, secs, en plein soleil.

Planche botanique de 1905 représentant Vanilla humblotii, fleur jaune et tige verruqueuse sans feuilles
La tige verte et verruqueuse, sans une seule feuille, sur une planche gravée en 1905. Matilda Smith (dessin) et J. N. Fitch (lithographie), Curtis's Botanical Magazine vol. 131, planche 7996, 1905. Domaine public.

La chose remarquable tient dans sa répétition. La perte des feuilles est apparue au moins trois fois de façon indépendante chez les vanilles, en Afrique, en Asie et en Amérique, chaque fois comme réponse à la même contrainte1. Trois lignées séparées ont trouvé la même solution.

Repère simple

La feuille coûte de l'eau. Ces vanilles la remplacent par une tige verte qui travaille à sa place.

Vanilla decaryana en fleur dans un fourré épineux du sud de Madagascar
Vanilla decaryana en fleur dans les fourrés épineux d'Antandroka, dans le sud de l'île. Photo Cathucia F. Andriamihaja, Andriamihaja et al. 2020, CC BY 4.0, recadrée.

Une lignée née sur l'île

Le groupe des vanilles sans feuilles s'est formé à Madagascar, puis a essaimé vers les Comores, les Seychelles et la côte est-africaine. L'île est le point de départ, le centre de diversité, la matrice du groupe.

Cette lignée reste jeune. Les espèces se ressemblent, vivent parfois côte à côte sur les mêmes stations, se distinguent par des détails de labelle et de tige. Les auteurs de la revue de référence parlent d'un puzzle taxonomique1. Cinq espèces étaient reconnues il y a peu, sept aujourd'hui.

Les abeilles de Kirindy

Trois abeilles indigènes pollinisent Vanilla bosseri dans la forêt de Kirindy, près de Morondava : Macrogalea ellioti, Liotrigona madecassa et Liotrigona mahafalya3. Les deux Liotrigona sont des méliponines, des abeilles sans dard, que la revue désigne comme les pollinisatrices les plus probables.

Les fleurs s'ouvrent en succession et tiennent une journée. Une inflorescence en ouvre jusqu'à trois par jour chez les espèces à fleurs blanches, une seule le plus souvent chez humblotii. Chez cette dernière, deux visiteurs sont retenus, l'abeille Allodape obscuripennis ainsi qu'un oiseau, le souimanga Nectarinia coquerellii.

Des insectes de quatre ordres ont été observés sur les fleurs de bosseri, un lémurien aussi, le propithèque de Verreaux. Trois abeilles seulement transportaient effectivement du pollen.

La fécondation reste un événement. Chez Vanilla bosseri, le taux de nouaison naturel mesuré atteint 3,96 %. Chez Vanilla humblotii à Mayotte, il descend entre 0,62 et 1,2 %. L'auteur de l'étude sur bosseri avance une hypothèse qui éclaire ces chiffres : une partie des visiteurs prélèverait le pollen sans le transporter.

Sur nos parcelles, une main passe chaque matin pendant toute la saison. La pollinisation manuelle apporte la régularité qu'une récolte demande.

Une autre branche du genre

Toutes les vanilles donnent des gousses. Le genre Vanilla se définit par ses fruits charnus, une capsule allongée que l'usage appelle gousse. Les neuf espèces malgaches en produisent comme les autres. Le parfum, lui, appartient à une seule branche.

Les vanilles à fruits aromatiques relèvent toutes du sous-genre Xanata section Xanata. C'est là que se trouvent la Planifolia, la Tahitensis et la Pompona, les trois variétés que nous travaillons, ainsi que la trentaine d'espèces parfumées recensées à ce jour.

Les vanilles paléotropicales suivent l'autre voie, la section Tethya, feuillues comme aphylles. Leurs gousses mûrissent en forêt, vertes puis brunes, avant de s'ouvrir pour la graine. Le décompte des espèces parfumées est d'ailleurs mouvant : six pour Rolfe en 1896, dix-huit pour Portères en 1954, trente-cinq en 20107.

Ce que la science ignore encore

L'arôme de ces neuf vanilles reste à mesurer. Aucune analyse publiée ne porte sur leurs gousses, ni sur la vanilline, ni sur les composés qui l'accompagnent. Les seules parentes paléotropicales passées au laboratoire, deux espèces africaines, ressortent sans potentiel vanilline5. La question reste entière pour les malgaches. Elle attend le premier laboratoire qui ouvrira ces gousses.

La question de leur culture ne se pose pas davantage. Ces vanilles fleurissent pour quelques abeilles, fructifient par exception. Le savoir malgache s'est porté sur leurs tiges.

Ce qu'elles gardent en réserve

La tenue au sec, d'abord, éprouvée dans les épineux du sud.

La tenue à la fusariose ensuite. Des tests d'inoculation ont montré que Vanilla madagascariensis et Vanilla humblotii, avec V. phalaenopsis des Seychelles, V. roscheri d'Afrique de l'Est et V. aphylla d'Asie, résistent ou réagissent faiblement à Fusarium oxysporum f.sp. radicis-vanillae, la maladie qui pèse le plus lourd sur les plantations de Planifolia4. La station vanille d'Antalaha travaille cette tenue depuis 1944, en croisant la liane cultivée avec d'autres espèces du genre.

Dans un climat qui se réchauffe, ce patrimoine génétique prend de la valeur chaque année.

Les tiges sur les marchés du sud

L'usage traditionnel malgache porte sur la tige. Vanilla decaryana est employée dans le sud pour ses propriétés aphrodisiaques, Vanilla madagascariensis dans les villes de l'île pour la médecine courante. Le savoir est surtout celui des groupes du sud, qui les emploient comme tonique, ainsi que dans les soins après l'accouchement et les soins à l'enfant.

Tiges de vanilles sauvages aphylles en vente sur le marché de Tuléar, Madagascar
Tiges de vanilles aphylles en vente sur le marché de Tuléar. Photo Pascale Besse, Andriamihaja et al. 2020, CC BY 4.0, recadrée.

Cette demande laisse une trace. Les populations de madagascariensis les plus accessibles font l'objet de prélèvements soutenus. À Mayotte, Vanilla humblotii tient sur neuf populations réparties sur moins de vingt kilomètres carrés, classée vulnérable, protégée par arrêté préfectoral depuis 20181.

Une voisine dans la SAVA

Vanilla madagascariensis est la plus largement répandue des neuf. Son aire couvre les forêts sèches de l'ouest ainsi que les forêts humides du nord-est. La SAVA figure parmi les régions où elle a été relevée.

C'est la région d'Antalaha. Celle de nos parcelles, de nos lots, de notre maturation. Une vanille sauvage y pousse depuis bien avant qu'un plant venu du Mexique n'y trouve son terroir, elle fleurit de juin à octobre pour quelques abeilles, elle donne ses gousses à la forêt.

Madagascar était une terre de vanille avant d'en devenir le premier producteur.

Pour la vanille que nous travaillons, parcourez nos variétés et terroirs ou découvrez notre savoir-faire.

Repère professionnel

Relier le repère à la matière réelle : toucher, parfum, infusion et usage prévu composent une lecture complète.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une vanille sauvage ?

Une vanille sauvage est une espèce du genre Vanilla qui pousse d'elle-même en forêt, fécondée par les insectes du lieu. Madagascar en porte neuf, présentes sur l'île avant toute culture. La vanille du commerce vient de variétés plantées puis pollinisées à la main.

Combien d'espèces de vanille sauvage compte Madagascar ?

Madagascar porte neuf espèces de vanille indigènes. Sept sont aphylles, autrement dit sans feuilles : Vanilla madagascariensis, V. perrieri, V. bosseri, V. decaryana, V. humblotii, ainsi que V. allorgeae et V. atsinananensis, décrites en 2023. Deux espèces gardent leurs feuilles, V. francoisii et V. coursii.

Les vanilles sauvages de Madagascar sont-elles parfumées ?

Aucune analyse publiée ne porte sur l'arôme de leurs gousses. Les vanilles à fruits aromatiques relèvent toutes du sous-genre Xanata section Xanata, où se trouvent la Planifolia, la Tahitensis et la Pompona, tandis que les espèces malgaches appartiennent à la section Tethya. Les seules parentes paléotropicales mesurées en laboratoire ressortent sans potentiel vanilline. La botanique situe donc ces vanilles loin des espèces aromatiques connues. La chimie de leurs gousses garde encore sa réponse.

Les vanilles sauvages de Madagascar donnent-elles des gousses ?

Oui. Le genre Vanilla se définit par ses fruits charnus, une capsule allongée que l'usage appelle gousse. Les neuf espèces malgaches fleurissent, sont visitées par des abeilles indigènes et fructifient, même si la nouaison naturelle reste basse. Leurs gousses mûrissent en forêt, puis s'ouvrent pour libérer la graine.

Peut-on acheter de la vanille sauvage de Madagascar ?

Les neuf espèces indigènes ne sont ni cultivées ni récoltées pour leurs gousses. La vanille de Madagascar vient de variétés introduites puis cultivées, Planifolia, Tahitensis et Pompona, pollinisées à la main. Sur les marchés du sud de l'île, ce sont les tiges des vanilles sauvages qui se vendent, pour la médecine traditionnelle.

Quels insectes pollinisent les vanilles sauvages de Madagascar ?

Trois abeilles indigènes ont été trouvées portant le pollen de Vanilla bosseri dans la forêt de Kirindy : Macrogalea ellioti, Liotrigona madecassa et Liotrigona mahafalya. Chez Vanilla humblotii, l'abeille Allodape obscuripennis et le souimanga Nectarinia coquerellii sont retenus comme pollinisateurs potentiels. Le taux de nouaison naturel reste bas, mesuré à 3,96 % chez bosseri.

Pourquoi ces vanilles n'ont-elles pas de feuilles ?

La perte des feuilles est une adaptation à la sécheresse. La tige verte assure la photosynthèse à la place du feuillage, ce qui permet à ces lianes de tenir dans les fourrés épineux et les forêts sèches. Le caractère est apparu au moins trois fois de façon indépendante dans le genre Vanilla, en Afrique, en Asie et en Amérique.

DÉCOUVRIR NOS TERROIRS

Sources

  1. Andriamihaja C.F., Ramarosandratana A.V., Grisoni M., Jeannoda V., Besse P. (2020). The Leafless Vanilla Species-Complex from the South-West Indian Ocean Region: A Taxonomic Puzzle and a Model for Orchid Evolution and Conservation Research. Diversity 12(12), 443. doi.org/10.3390/d12120443
  2. Andriamihaja C.F., Ramarosandratana A.V., Zc. Ranaivoson S.E.F., Grisoni M., Jeannoda V., Besse P., Pailler T. (2023). Integrative taxonomy and phylogeny of leafless Vanilla orchids from the South-West Indian Ocean region reveal two new Malagasy species. Journal of Systematics and Evolution 61(1), 80-98. doi.org/10.1111/jse.12858
  3. Petersson L. (2015). Pollination Biology of the Endemic Orchid Vanilla bosseri in Madagascar. Mémoire de master, Université d'Uppsala.
  4. Koyyappurath S., Conéjéro G., Dijoux J.B. et al. (2015). Differential responses of Vanilla accessions to root rot and colonization by Fusarium oxysporum f. sp. radicis-vanillae. Frontiers in Plant Science 6, 1125. doi.org/10.3389/fpls.2015.01125
  5. Brunschwig C. et al. (2021). Quantification of the aromatic potential of ripe fruit of Vanilla planifolia (Orchidaceae) and several of its closely and distantly related species and hybrids. European Food Research and Technology 247. doi.org/10.1007/s00217-021-03726-w
  6. Royal Botanic Gardens, Kew. Plants of the World Online, fiches Vanilla coursii et Vanilla francoisii. powo.science.kew.org
  7. Soto Arenas M.A., Cribb P. (2010). A new infrageneric classification and synopsis of the genus Vanilla Plum. ex Mill. (Orchidaceae: Vanillinae). Lankesteriana 9(3), 355-398.
  8. Muséum national d'histoire naturelle, Paris. Herbier P, planches Vanilla coursii P00102667, P00102668 et P00102669, récolte G. Cours n° 6, La Table, 25 km au nord d'Antalaha, 1950. Relevés de terrain postérieurs consultés via le Global Biodiversity Information Facility. gbif.org

Crédits photographiques. Les images de terrain proviennent d'Andriamihaja C.F., Ramarosandratana A.V., Grisoni M., Jeannoda V., Besse P. (2020), Diversity 12(12), 443, publié sous licence Creative Commons Attribution 4.0. Elles ont été recadrées pour cette page. La planche botanique de Vanilla humblotii, dessinée par Matilda Smith et lithographiée par J. N. Fitch, est parue dans le Curtis's Botanical Magazine vol. 131, planche 7996, en 1905. Elle relève du domaine public.